Tanzanie : la réserve du Sélous

Tanzanie : la réserve du Sélous

Située au sud-est de la Tanzanie, la réserve du Sélous, classée au patrimoine mondial par l’UNESCO, fait partie d’un vaste territoire d’environ 155 000 km² dont une partie seulement est ouverte au safari touristique. Le reste est classé en réserve de gibier et fut pendant longtemps un territoire de chasse. Créée en 1922, elle doit son nom à l’explorateur anglais Frederick Courteney Sélous, né à Londres en 1852. A peine âgé de 19 ans, le voici au Cap avec la ferme intention de partir à la découverte d’une Afrique australe encore méconnue. En 1872, il part seul au nord du fleuve Limpopo, en territoire Ndebele. Il est reçu par le roi Lobengula qui lui accorde le privilège de chasser sur ses terres. Commence alors une longue période d’exploration qui l’amène jusqu’au bassin du Congo en passant par le Botswana, l’actuel Zimbabwe, la Tanzanie.

Frederick Selous remonte également le Zambèze et se fait partout accepter par les rois locaux, impressionnés par sa dextérité au fusil et l’efficacité de son calibre 4, une arme si puissante que le recul le jette régulièrement à terre et que les indigènes doivent le masser plusieurs heures après chaque chasse. En décembre 1892, il revient en Angleterre pour y être décoré par la Royal Geographical Society et en profite pour écrire ses mémoires « Twenty Years in Zambesia ». En 1909,  il est engagé par le président américain Théodore Roosevelt pour être guide de chasse lors de son voyage en Afrique de l’Est. Au cours de ce périple, Roosevelt et son fils Kermit tuent environ 500 animaux. Cette hécatombe ouvre les yeux de Frédérik Sélous sur les dangers d’une chasse non contrôlée. Il préconise alors de mettre en place des droits de chasse afin de garantir la survie de la faune sauvage, notamment des éléphants dont il constate déjà la raréfaction dans certaines régions. Il est tué le 4 janvier 1917 lors d’un engagement contre les troupes allemandes dans la région du Sélous, où se trouve toujours sa tombe.

safari en tanzanie

Frederick Courtney Selous

 

Chasse commerciale et protection de la faune

Lorsque la réserve accueillait des chasseurs venus du monde entier et prêts à payer des sommes importantes pour tirer un  animal, le Sélous abritait a plus grande population d’éléphants d’Afrique avec plus de 70 000 individus. Aujourd’hui, le braconnage y fait rage et le nombre d’éléphants a chuté de moitié. A cela rien de surprenant même si la réalité est pour le moins difficilement acceptable. La chasse apportait une manne financière qui permettait de payer décemment les gardes, de bien les équiper et de les recruter en nombre. Avec la quasi disparition de cette source de financement, nombre de gardes ne sont plus payés et se sont tournés vers le braconnage pour pouvoir faire vivre leur famille. La fin progressive de la grande chasse en Afrique a des conséquences dramatiques pour les éléphants comme pour les autres espèces. Ainsi, certaines sources d’eau disparaissent car elles ne sont plus creusées par les éléphants qui aiment boire une eau claire. Nul ne sait comment enrayer ce massacre qui commence également à se porter sur d’autres espèces pour approvisionner les marchés en viande de brousse (buffle, antilope, zèbres). On pense même que les rhinocéros ont définitivement disparus du Sélous.

Une partie préservée

Heureusement, la partie nord de la réserve est dévolue aux safaris touristiques. Plusieurs lodges se sont installés dans la région (Azura Sélous) qui permettent de maintenir une activité économique et donc de financer des gardes. Il est vrai que cette région, traversée par la rivière Rufiji, abrite une grande variété de paysages et de biotopes (savane arbustive, zones humides, forêts de baobabs, collines rocheuses…) habités par une faune nombreuse et diversifiée. Outre les éléphants, les lions, les hippopotames, les zèbres, gnous, buffles, antilopes et gazelles, le Sélous est réputé pour ses populations de lions, de léopards, de lycaons et ses oiseaux (environ 440 espèces sédentaires et plus de mille en tenant compte des espèces migratrices). Il est également possible d’y faire des safaris en bateau sur la rivière Rufiji et des safaris à pied en compagnie des rangers qui initient alors les voyageurs à l’art de lire les traces des animaux et leur font découvrir une faune et une flore bien loin des fameux « big five ».

safari en tanzanie

Tanzanie. Charge d’intimidation d’un éléphant dans le Sélous