« Mode in Zanzibar »

« Mode in Zanzibar »

Dans les ruelles de Stone Town, les enseignes au nom de Moto, Mago, Upendo ou Doreen Mashika n’attireront pas forcément votre attention. Discrètes, elles cachent pourtant une vraie révolution à Zanzibar : l’émergence d’une mode propre à l’île qui permet aux femmes de s’émanciper.

Gizenga et Hurumzi streets courent parallèles au rivage dans le cœur de la vieille ville de Stone Stown. C’est là que se cachent les boutiques Moto, Mago ou Doreen Mashika, l’avant-garde de la mode « made in Zanzibar ». Sur les murs blancs de la minuscule échoppe de « Moto », de larges chapeaux colorés, des sacs à main ou de plage aux formes étranges. Tous sont fabriqués à partir de fibres végétales tirées d’un palmier dattier poussant dans le sud de l’île. Tous ont été créés et réalisés par un groupement de femmes originaires de villages entourant le parc national de la forêt de Jozani. L’idée de départ : arrêter le déboisement de la dernière forêt originelle de l’île, habitat du rare colobe à queue rouge, en procurant une autre source de revenus aux femmes des villages alentours.

voyage à Zanzibar. Mode à Stone Town

Un peu plus loin sur Hurumzi Street, « Sasik Shop » a tout de la « success story ». Il y a quelques années, une dizaine de femmes ont eu l’idée de se spécialiser dans le patchwork. Leurs taies d’oreillers et de coussins, leurs couvertures aux motifs colorés et naïfs sont maintenant présents dans la plupart des hôtels zanzibarites. De son côté, Doreen Mashika a un parcours plus favorisé. Née et élevée en Tanzanie, elle a eu la chance de partir en Suisse travailler dans l’industrie du luxe. C’est là qu’elle redécouvre ses origines et décide de rentrer au pays pour « explorer l’incroyable richesse de la mode traditionnelle africaine ». Sa passion sont les accessoires, sacs à main et chaussures. Ce seront elles qui la feront connaître. « Les chaussures me donnent une plus grande liberté dans l’association des matériaux exotiques et du design occidental. A l’époque, c’était une nouveauté et mes premiers modèles ont tout de suite attiré une clientèle de femmes curieuses et aimant ce mélange de cultures ». Depuis, elle s’est diversifiée dans les bijoux, les ceintures et les vêtements. Sa base de travail est le kanga, pièce de coton rectangulaire imprimée, véritable pierre angulaire de l’art vestimentaire de la côte swahili.

Séjour à Zanzibar. Mode à Stone Town

Apparu dans sa forme actuelle au début du XXe siècle, le kanga est adopté par les anciens esclaves comme symbole de leur nouvelle liberté. Très coloré, d’une variété infinie de dessins et de motifs, il permet à chacun de se démarquer, de se forger une nouvelle identité. L’idée est reprise par quelques femmes qui lancent leur ligne de robes, chemises et jupes. Doreen n’est pas la première. Avant elle, Margherita Marsavi, italienne originaire de Bologne et ancienne journaliste de mode, avait lancé la marque « Mago East Africa ». Chic, cosmopolite et originale, sa ligne se veut souple, prêt du corps, toute empreinte de l’âme africaine mais de coupe et de qualité européenne. Elle est depuis vendue à Milan, Bologne et Rome. Lotta Gillving, suédoise et créatrice de costumes, a aussi sa marque. « Kanga Kabisa » est née de sa lassitude à ne pouvoir trouver des habits de bonne qualité pour ses enfants. Elle s’est donc mise à les faire elle-même avec des kangas. Ses amies lui ont passé commande. Depuis, elle a ouvert une boutique, la première du genre à Zanzibar, fait travailler une foule de couturières et ne s’approvisionne qu’auprès de petits producteurs.

Séjour à Zanzibar. Mode à Stone Town

 

Doreen Mashika : www.doreenmashika.com

Kanga Kabisa : www.kangakabisa.com/

Mago East : Mago east Africa