Le corail, animal bâtisseur

Le corail, animal bâtisseur

Vivants, les coraux sont d’incroyables et patients bâtisseurs sous-marins. Au fil des siècles, les massifs de coraux deviennent ainsi de véritables barrières qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur, parfois même des îles.

Leur génie constructeur se perpétue même après leur mort. Dans tout l’Océan Indien, des Maldives à l’île Maurice, du Sri-Lanka à Zanzibar en passant par Madagascar et les Comores, le corail fut pendant longtemps, et reste encore, le principal matériau de construction disponible avec le bois de palétuvier tiré des mangroves. Compact et léger, facilement accessible, le corail est la pierre angulaire de tous les palais de Zanzibar mais aussi des maisons, plus humbles, des pêcheurs.

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Les gisements coralliens se rencontrent presque partout sur les côtes. Mais tous ne sont pas bons à exploiter. Les plus récents sont souvent trop mous et tous les coraux ne se valent pas et peuvent présenter des différences considérables du point de vue dureté, consistance et résistance à l’écrasement. Il faut donc trouver les plus anciens possibles, enlever la couche supérieure mélangée avec la terre et creuser un mètre ou deux pour atteindre la bonne densité. Au Kenya, sur l’île de Manda, située en face de Lamu, ces carrières se visitent. Le travail des tailleurs est harassant. Chacun creuse son propre trou et taille des blocs rectangulaires avec un pic, le tout sous le soleil et sans eau. Une fois taillés, ces blocs sont mis à durcir au soleil, rassemblés puis portés à dos d’homme ou d’âne vers la plage où ils seront chargés dans des dhows à destination des ports de la côte (Lamu, Mombasa, Zanzibar…).

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Le corail peut être utilisé sous plusieurs formes. Le plus souvent, il est taillé en moellons d’environ 30 cm de large sur 20 cm de haut pour monter les murs. Le calcaire étant poreux, les murs extérieurs sont ensuite recouverts d’un enduit imperméable. A l’intérieur, cet enduit sert de plâtre pour réaliser des décorations. Le nec plus ultra, utilisé par de nombreux hôtels chics, est ensuite d’utiliser des petits morceaux de coraux avec les traces des animaux pour parfaire la décoration intérieure ou extérieure. Lorsque le commanditaire est moins riche, le corail est utilisé en bloc grossier mélangé à de la terre et coulé entre des poteaux de bois entrelacés.

Enfin le corail est aussi utilisé sous forme de chaux. C’est l’objet des ces grand tas de blocs de coraux fumants que l’on voit parfois à Zanzibar. Les mortiers faits de chaux corallienne, de glaise rouge calcinée et de sable acquièrent une résistance considérable avec le temps.

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