Lamu pour toujours

Lamu pour toujours

Au nord du Kenya, l’archipel de Lamu est connu d’une poignée de privilégiés qui ont investi le village de Shela et y ont bâti de somptueuses villas. La capitale, Lamu, épargnée par cette mode, a gardé son charme des villes hors du temps, une ambiance qui s’anime chaque année grâce au festival du Maulidi. Ce dernier s’est tenu en janvier. L’occasion de redécouvrir cette ville étonnante endeuillée il y a deux ans par plusieurs attentats aveugles des Shebabs venus de Somalie.

La ville de Lamu s’étend le long de la rive dissimulée derrière une forêt de mats. Connue des Grecs, fréquentée par les navigateurs arabes puis portugais, cette cité-état farouchement indépendante a connu des fortunes diverses tout en développant une culture et une langue bien personnelle mi arabe-mi africaine nommée swahili. Au XIVe siècle, sous la protection du Sultanat d’Oman, Lamu connaît sa grande période de prospérité. Les dhows, ces embarcations locales capables d’affronter l’Océan Indien, profitant de l’alternance régulière des vents de mousson, font le commerce de l’ivoire avec l’Arabie et l’Inde d’où ils rapportent soies et épices. Certes les fastes d’antan ne sont plus au rendez-vous mais peu importe, l’imagination n’en est que plus libre. Le dédale des ruelles se fait labyrinthe initiatique, les femmes voilées aux yeux soulignés de khôl semblent autant de princesses mystérieuses que protègent les épais murs faits de blocs de coraux. Dans les années 70, découverte par les hippies, l’île joue le rôle d’un Katmandou chic comme en témoigne les belles demeurent de Shela construites par les Peugeot, le prince de Hanovre, Elie Chouraqui…

Lamu, Kenya

Jeunes musiciens pendant le festival de Maulidi

Plus à l’intérieur du chenal, loin des plages et de la brise du large, Lamu a moins souffert de cette fièvre « people ». Ceux qui ont acheté et restauré des belles maisons swahili donnent dans la discrétion et c’est très bien ainsi. Le charme de cette cité étrangement moyenâgeuse séduit immédiatement. Ici, aucune voiture ne circule. Tous les transports se font à dos d’âne et il existe même un hôpital pour eux. L’amalgame de population tout à la fois africaine, arabe et indienne a donné des traditions et un folklore bien particuliers qui se traduisent par l’étonnant festival maulidi où les courses d’ânes, les régates de dhoows et les concerts de musique rythment la vie des habitants pendant une semaine. L’après-midi, la place du fort portugais est le lieu de rendez-vous des habitants. Là, à l’ombre des figuiers géants, les bancs de pierre ne désemplissent pas. Le vendredi, jour saint, les hommes jouent au domino le long des quais tandis que les enfants y font des concours de plongeons.